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Pascal Mérigeau

Mort du cinéma français ?
Cinéma : Autopsie d’un meurtre de Pascal Mérigeau (Flammarion, 2007)

Cet essai — Cinéma : Autopsie d’un meurtre — de Pascal Mérigeau est, selon moi, essentiel pour celui ou celle qui cherche à appréhender la situation du septième art français. En effet, l’auteur démontre un intérêt pour le cinéma hexagonal, en même temps qu’il fait preuve d’une connaissance véritable du monde auquel ce dernier se rapporte — qu’il s’agisse des réalisateurs, des acteurs, des producteurs, ou encore des distributeurs. Comme le suggère le titre de cet ouvrage, le bilan apparaît plutôt négatif : non pas que Mérigeau soit tout à fait désespéré, mais il remarque de nombreux errements ou travers qui minent, en fin de compte, la prospérité de cette industrie.

Premier problème : le rôle de la télévision, laquelle a eu tendance, de par ses financements, à adapter l’art cinématographique à ses propres intérêts. Mérigeau analyse ainsi l’évolution des rapports entre télévision et cinéma, dans le sens d’un appauvrissement progressif de l’intérêt artistique de la première pour le second. Par conséquent, la télévision privilégie de moins en moins la qualité des réalisations au profit d’une rentrée à la fois immédiate et substantielle de profits. Il s’agit de faire signer des œuvres qui permettent surtout de mettre en avant les vedettes de la télé ; sans que le cinéaste ait son mot à dire ou puisse faire preuve d’une quelconque personnalité. D’ailleurs, la télévision n’est point la seule à obtenir les bénéfices d’une industrie transformée en parfait commerce : outre les acteurs qui n’ont plus besoin d’avoir les compétences nécessaires, sinon celles de se faire vendre d’un point de vue médiatique, les cinéastes sont susceptibles de jouir d’une condition confortable au point de perdre toute conviction purement esthétique.

Second problème en rapport, bien entendu, avec le précédent : le système français favorise davantage la quantité de premières œuvres sans lendemain que l’apparition de futurs talents.
Les réalisateurs ayant déjà fait leurs preuves connaissent même de réelles difficultés pour monter de nouveaux projets ; puisque les producteurs sont, encore une fois, plus intéressés par le chiffre d’affaire engrangé que par la participation aux chef-d’œuvres promis à la postérité. D’autre part, l’impact de l’esprit capitalistique sur le septième art se constate tout particulièrement, en raison de la volonté de faire triompher quelques grosses productions écrasant la concurrence par le nombre considérable de copies. Plus grave encore : une telle situation provoque la perte de l’envie chez nombre de cinéastes de défendre des idées ; et ajoutons que les producteurs sont désormais prêts autant à réaliser un film dit d’auteur que la dernière « ânerie à la mode » (dixit Mérigeau).

Enfin, Mérigeau en vient à accuser les journalistes ou critiques d’avoir perdu leur honnêteté d’analyse par crainte de la réaction d’un public infantilisé, ou par « obligation professionnelle » — afin de faire triompher la nouvelle superproduction annoncée plusieurs semaines avant sa sortie ! De telle sorte que la critique se voit marginalisée en comparaison de l’ensemble des médias dorénavant spécialisé dans le simple, le vulgaire communiqué de presse…

 

Thomas Dreneau

 

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