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Frédéric Martin

Epic et Péplum
L’Antiquité au Cinéma de Frédéric Martin (Dreamland éditeur, 2002)

Nonobstant la crainte de lire le énième livre bâclé sur un genre cinématographique peu apprécié des critiques comme des cinéphiles, Frédéric Martin, dans L’Antiquité au Cinéma, réussit, au final, à donner une analyse très fine de l’« Epic » américain, ainsi que de la création italo-européenne - qualifiée généralement de « Péplum ». D’autant que l’auteur fait montre d’une connaissance réelle quant à l’histoire de l’Antiquité ; ce qui a le mérite de la remarque et facilite conséquemment la compréhension des multiples adaptations, dont sont susceptibles aussi bien la grosse production américaine que le film européen sans budget. En résumé, si Martin refuse de mettre sur le même pied d’égalité Epic et Péplum pour la cause fallacieuse d’absence de moyens, il n’en est pas moins clair que les deux types de cinéma antique suscitent la comparaison et, parfois même, se rejoignent. J’ajoute que certains péplums tels que Pharaon (1965) de Jerzy Kawalerowicz valent beaucoup mieux que n’importe quel Quo Vadis (1951) de Mervin Le Roy, Les dix commandements (1956) de Cecil B. De Mille, ou encore Ben-Hur (1959) de William Wyler.

Cela signifie, partant, qu’il serait exagéré de limiter le film européen à une simple histoire de forme, et cela, au détriment d’un contenu véritable. En effet, on peut admettre, avec Martin, que l’Epic tend à mieux respecter l’exactitude des faits et des représentations d’une époque, tout en faisant appel à de vrais acteurs (le culturiste Steeve Reeves peut ainsi difficilement rivaliser avec Laurence Olivier ou Kirk Douglas jouant tous deux, par exemple, dans Spartacus de Stanley Kubrick) - sans parler des dialogues assez travaillés, il faut bien l’admettre, mais ô combien académiques ! Car : pourquoi parler de médiocrité à propos du Péplum, et, paradoxalement, reconnaître ses qualités (et encore, il importe que le réalisateur s’appelle Riccardo Freda ; et, d’autre part, ce jugement positif est le plus souvent avancé du bout des lèvres), tout en y consacrant de nombreuses pages ?

Certes, à l’instar de l’auteur, on peut se gausser sur l’archétype du « traître » ou de la « traîtresse » (chevelure à la fois noire et soignée, en plus du regard de l’hypocrite méprisant), mais également des mauvaises habitudes de réalisateurs n’ayant aucun scrupule à falsifier l’Histoire et, bien évidemment, pour le plus grand plaisir du spectateur ignorant. On peut se gausser, enfin, de l’absence de référence politique pour une œuvre qui doit demeurer pur divertissement (je songe notamment au péplum italien en général, et dont les seules critiques se limitent tout au plus à la période honnie du fascisme). Mais il reste que le péplum sait créer un spectacle qui dépasse de loin le simple goût du sexe et du sang pour atteindre une mystique proprement nietzschéenne, dionysiaque (voir notamment La Vengeance d’Hercule de Vittorio Cottafavi).

 

Thomas Dreneau

 

A lire également sur Arès :

La chronique sur Le péplum de Laurent Aknin

 

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