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Laurence Schifano

De l’âge d’or du cinéma italien à…
Le cinéma italien de 1945 à nos jours. Crise et création de Laurence Schifano (Armand Colin, 2007)

Le cinéma italien a marqué de son empreinte le septième art en général. Dès 1945, et, par conséquent, la fin de la guerre, se sont affirmés quelques grands noms tels que Roberto Rossellini (1906-1977), Vittorio De Sica (1901-1974) et Luchino Visconti (1906-1976). On a parlé, à leur propos, de « néo-réalisme », étiquette visant à montrer la rupture avec le cinéma de la période fasciste, mai surtout à tenter de revenir à la réalité. Cette réalité qui est surtout synonyme de vie, et qui a été vue sous l’aspect documentaire et l’emploi de méthodes — telles que celle consistant à recruter des acteurs parmi les hommes et les femmes de la rue. D’ailleurs, et comme le remarque Laurence Schifano, il sera presque impossible pour les réalisateurs plus jeunes de ne pas se définir par rapport à ce courant né dans les années 1940. Si Federico Fellini (1920-1993) et Michelangelo Antonioni (1912-2007) symbolisent, par exemple, une complète remise en question du « néo-réalisme » par leurs films successifs, ils ne font que suivre les aînés ; lesquels vont avoir, eux aussi, tendance à élargir les frontières et inscrire leur réflexion esthétique sur le long terme.

D’autre part, le livre de Schifano a l’avantage de mettre un terme aux fausses classifications qui voudraient notamment qu’il existe, d’un côté, un cinéma dit « sérieux » et salué par la critique cinéphilique ; et, de l’autre, des films plus tournés vers le grand public par l’emploi de sous-genres comme le péplum et le western et, partant, méprisés — avec raison — par cette même critique. Le livre de Freddy Buache (Le cinéma italien 1945-1990, 1992) a représenté, jusqu’à l’absurde parfois, ce préjugé ; même si ce dernier a eu le mérite de faire une place, dans ses critiques de films, à la « comédie à l’italienne », genre souvent dénoncé par la critique de l’époque. En effet, il apparaît que nombre de réalisateurs ont disparu tout à fait dans l’oubli ; alors que chacun connaît peu ou prou les films de Sergio Leone (1926-1989).

Schifano a replacé également la plupart des réalisateurs et de leurs longs métrages dans le contexte à la fois politique, artistique, social et historique de l’Italie (omniprésence de la censure dominée par les démocrates-chrétiens pendant la période de l’après-guerre, poids de l’idéologie communiste en ce qui concerne la réflexion des cinéastes et la réception des films,…). Il est, en conséquence, aisé de constater que ceux-ci se montrent des témoins aussi précieux que critiques à l’égard de l’évolution de la société italienne ; en même temps qu’ils n’hésitent pas à faire appel aux traditions intellectuelles et anthropologiques propres à leur pays (sources littéraires d’inspiration, emploi de dialectes provinciaux pour les dialogues, etc.). Toutefois, il ne s’agit pas de centrer notre regard sur ce qui a représenté un véritable âge d’or du cinéma italien, soit de 1945 (ou 1958, selon Schifano) jusqu’au milieu des années 1970 ; tout en négligeant les causes fondamentales qui ont rendu cette prédominance possible. Outre l’existence de réels talents parmi les cinéastes de l’après-guerre, l’histoire de l’industrie cinématographique prouve le rôle de producteurs prêts à donner leurs chances à des cinéastes jeunes et talentueux, mais aussi l’influence de la situation aussi bien politique que économique sur la sortie des films en Italie et dans le reste du monde. Ainsi, la perte d’influence du cinéma italien provient essentiellement du rôle de l’empire médiatique de Berlusconi et, donc, de la difficulté réelle pour les jeunes talents de bénéficier d’un financement dans le cadre d’un art indépendant et ambitieux, de la concurrence renforcée du cinéma américain, et — peut-être (n’en déplaise à Laurence Schifano!) — de l’absence de l’efflorescence des idées qui avait marqué le cinéma italien dans la seconde moitié du XXème siècle.

 

Thomas Dreneau

 

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