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Laurent Aknin

Que vive pour toujours le péplum!
Le péplum de Laurent Aknin (avec l'équipe de Monsieur Cinéma), Armand Colin, 2009.

Ce livre de Laurent Aknin, qui contient autant de textes que d'illustrations sur le plan cinématographique, aurait dû être un ouvrage de vulgarisation sans conséquence. Surtout si je songe à l'ouvrage collectif dirigé par Claude Aziza et intitulé Péplum, l'Antiquité au cinéma (1998). Ce dernier fut, pendant longtemps, le seul travail sérieux disponible en langue française. Or, si Le péplum de Aknin s'inspire largement de ce premier grand livre consacré à un tel sujet, il demeure une oeuvre à part entière ; tant ce qui concerne un genre considéré comme mineur est résumé, condensé ici.

En effet, il n'est pas seulement question du péplum américain des années 1950, mais aussi de sa version « bâtarde », soit le cinéma mythico-historique italien qui connut son apogée dans la première moitié de la décennie soixante. Le cinéma italien reste, d'ailleurs, tributaire d'une vision élitiste que démontre assez bien le livre de Freddy Buache, Le cinéma italien (1992). Ainsi, Buache n'avait que mépris pour le western à la sauce italienne où s'étaient révélés des talents comme Sergio Corbucci et surtout Sergio Leone. Sans parler donc du péplum.

De grands talents sont, pourtant, apparus tels que Riccardo Freda et Mario Bava. Mais le maître pour cette période est sans conteste Vittorio Cottafavi : son talent à exposer le spectaculaire pour atteindre une espèce de jouissance physique, par le flot des images et des bouleversements narratifs, prouve une grande imagination d'un point de vue à la fois intellectuel et émotionnel.

Certes, le péplum est surtout synonyme de série B, voire Z, et a véhiculé des stéréotypes tels qu'un manichéisme grossier, des acteurs marqués par ce physique particulier de « monsieur muscle » (Steve Reeves, Mark Forest, etc.), ou encore un certain populisme qui avait de quoi irriter les critiques du « bon goût ». D'un autre côté, à la même époque, les spécialistes américains se limitent à la personnalité de Cecil B. DeMille (Les dix commandements en 1956). Les autres réalisateurs se contentant, eux, de répondre à la demande par un seul et unique film (Mervyn LeRoy avec Quo Vadis?, Robert Wise avec Hélène de Troie,...).

En résumé, chacun pourrait dire que le péplum, après avoir connu le succès dans les années 1950 et 1960, est bel et bien enterré ; méritant tout au plus l'oubli. Mais, sans revenir sur le succès de Gladiator (2000), il est permis d'apprécier des films récents qui cherchent à renouveler le genre. Je pense notamment à Troie (2004) de Wolfgang Petersen. Outre l'arrière-plan politique sous-jacent, je remarque la volonté du réalisateur allemand de donner réellement vie à ses personnages de façon à dépasser le simple cadre mythologique ou spectaculaire.

Cela signifie que le péplum est beaucoup plus qu'un sous-genre cinématographique. Sans s'appesantir sur les réalisations dites « sérieuses » d'un Pasolini (un film comme Médée est particulièrement laid sur le plan visuel!) ou d'un Jerzy Kawalerowicz, auteur de Pharaon (1966), il est possible, comme le fait Laurent Aknin, d'écrire cette histoire du péplum. De telle sorte que des films anciens comme Cabiria (1914) de Giovanni Pastrone, ou l'incroyable réalisation de l'Américain D.W. Griffith, Intolerance (1916), sont là pour marquer le récit d'un style qui mérite aussi bien qu'un autre de faire partie du septième art avec un grand A.

 

Thomas Dreneau

 

A lire également sur Arès :

La chronique sur Le cinéma italien de 1945 à nos jours. Crise et création de Laurence Schifano

La chronique sur L'Antiquité au Cinéma de Frédéric Martin

 

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