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Claude Monnier

John McTiernan, un cinéaste hollywoodien ?
John McTiernan. Le maître du cinéma d’action de Claude Monnier (BAZAAR&CO, 2010)

Le cas du cinéaste américain John McTiernan, s’il ne peut attirer l’attention des commentateurs comme celui de Martin Scorsese, par exemple, ne laisse toutefois pas indifférent. John Mc Tiernan est surtout connu ― en apparence ―  pour des films d’action qui ont marqué des générations d’adolescents tels que Predator (1987), Die hard (piège de cristal) [1988], Last action hero (1993), Die hard with a vengeance (une journée en enfer) [1995], The thirteen warrior (le treizième guerrier) [1999], ou encore Rollerball (2001).

Or, comme nous le révèle Claude Monnier, John McTiernan mérite mieux que cette image de cinéaste dont les réalisations demeurent adaptées sur mesure au style populaire du divertissement. Avant même d’ouvrir l’ouvrage de Claude Monnier, c’est la vision de films comme ce remake de l’œuvre de Norman Jewinson, The Thomas Crown affair (Thomas Crown) [1999], et surtout son dernier film intitulé Basic (2003), qui ont attisé mon intérêt en ce qui concerne le réalisateur américain. Ces deux œuvres semblent proprement dépasser cette virtuosité et cette maîtrise du récit, que l’on peut constater dans tous les films de John McTiernan.

Claude Monnier nous donne ainsi la réponse au sujet de ce cinéaste que l’on ne pouvait sérieusement ranger parmi des faiseurs comme Michael Bay. D’ailleurs, l’échec de nombre de ses films à leur sortie en salle, et cela, nonobstant leurs qualités stylistiques et l’emploi d’acteurs connus comme Arnold Schwarzenegger ou Pierce Brosnan, prouve qu’il était difficile, voire impossible, de le rejeter dans l’indifférence que d’aucuns paraissaient croire méritée.

J’ajoute que sa carrière cinématographique fait parfois songer à celle d’un Sam Peckinpah (1925-1984). Les réalisations de Peckinpah peuvent difficilement être classées dans la catégorie « films d’auteurs » ; telle que celle-ci prédomine notamment sur le continent européen. Et pourtant, chacun reconnaît le style du réalisateur dans tous les films qu’il nous a laissés ; et ses difficultés récurrentes avec les producteurs, outre qu’ils participent un tant soit peu à sa légende, sont là pour démontrer la difficulté insurmontable de concilier art et capitalisme.

En revenant à John McTiernan et au livre qui lui est consacré par Claude Monnier, je prends conscience de l’obsession chez le réalisateur d’opposer civilisation et « barbarie » ; mais tout en gardant l’ambiguïté de manière à échapper à ces notions absurdes que sont le bien et le mal (Schopenhauer). Chacune de ses réalisations présente une critique sous-jacente de la société américaine, voire du rapport de cette dernière à l’art ― comme elle le vit avec le triomphe de l’entreprise hollywoodienne. Mais il existe aussi dans la pensée de McTiernan, un humanisme qui rappelle aussi bien Akira Kurosawa (1910-1998) que le Français Bertrand Tavernier. En résumé, si l’on ne peut guère ranger John McTiernan parmi les grands cinéastes ou même dans le panthéon des auteurs à part entière, il est évident que, à l’instar de Giuliano Montaldo, il appartient tout de même à ces privilégiés du septième art qui échappent autant à la facilité qu’à la médiocrité.

 

Thomas Dreneau

 

A voir également sur Arès :

La chronique sur Sam Peckinpah. Du vieil ouest à l'état de sécurité nationale de Jean-François Fourny

 

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